Elle dormait, lovée contre lui. Sa peau était lisse, ferme, halée et nacrée à la fois. Une texture unique sous les doigts d'Henry qui ne se lassait de la caresser, les yeux dans le vague, presque hébété. Sa présence était douce et forte à ses côtés, rassurante... N'avait-il jamais tenu dans ses bras une telle femme? Les battements de son cœur s'accélérèrent tandis qu'il refusait d'ouvrir la porte de ses pensées aux sentiments confus et puissants qui y toquaient. Il ne devait pas oublier qu'elle aussi était suspecte. Et qu'à ce titre, elle pouvait être en train de le manipuler. Il tenta de prendre cela ironiquement, après tout n'avait-il pas vécu un moment d'une rare intensité sexuelle? Il aurait de quoi raconter à ses potes! Mais sa tentative de légèreté resta vaine. Sous sa main, elle bougea légèrement, passant une longue jambe nue au-dessus des siennes. Qu'elle était belle... Comment avait-elle atterri dans son lit? Pourquoi? Tout avait semblé si naturel : leur échanges sur le cirque, les lions, James, et la discussion qu'elle avait surpris à propos d'un certain Urbiccino... Non, elle ne pouvait pas lui mentir... Les yeux d'Henry glissèrent le long du galbe parfait de ses jambes, remontant sur ses fesses pleines, sa taille marquée, sa colonne vertébrale un peu saillante, son cou gracile, et ses yeux orangés. Depuis combien de temps le fixait-elle ainsi? Il frémit et ramena le drap sur eux. - Tu vas y aller, n'est-ce pas? demanda-t-elle d'une voix douce. - Où? - Voir Urbiccino. - Je vais essayer... - Je viendrai avec toi. Il allait répondre qu'elle ne pouvait ainsi s'immiscer dans une enquête, mais il sut d'avance que ses propos ne signifieraient rien pour elle. D'une façon ou d'une autre, elle serait sur son chemin. - Qui es-tu, Soria? questionna-t-il en caressant sa lourde chevelure. Elle lui sourit. Puis s'empara de sa bouche qu'elle savait experte en maintes délicieuses caresses... La vie des humains était parfois bien agréable!
Ils filaient à vive allure. La route défilait sous les yeux ébahis de Soria. Elle n'avait jamais eu l'occasion de se rendre compte combien les véhicules à moteur pouvaient aller vite : habituellement, les panneaux du camion qui lui servait aussi de cage étaient remontés le temps du transport. Elle finit par se lasser du paysage qui passait trop rapidement devant ses yeux et reporta son attention sur Henry. Il n'avait pas tenté de l'écarter de son enquête, comme s'il savait à l'avance que c'était peine perdue. Au bout d'une longue allée boisée apparût un petit château. Ils se garèrent devant un large perron et eurent le temps de le gravir avant qu'un homme d'âge mûr ne vienne leur ouvrir. - C'est pour quoi? fit-il assez peu aimablement. - Nous souhaiterions parler à Monsieur Urbiccino. - Vous l'avez devant vous. - Inspectur Henry Van Herz, fit le policier en exhibant sa plaque. Nous aimerions vous poser quelques questions au sujet du patron du cirque actuellement en ville, Antony...
L'interrogatoire dura peu de temps, Urbiccino niant jusqu'à connaître le cirque d'Antony. Soria fulminait. Ses yeux viraient au rouge sombre et elle avait l'impression de sentir ses griffes sortir de leurs fourreaux protecteurs, ce qui était pourtant impossible sous cette forme humaine! Si elle avait été seule avec lui, il aurait parlé. Il aurait même hurlé les informations qu'il détenait. Avant de la supplier de mettre fin à ses souffrances... Ils le quittèrent donc sans en savoir davantage. Mais au moment de remonter dans la berline, une odeur attira l'attention de la jeune femme. - Ne partons pas tout de suite. Il faut aller voir derrière... - On ne peut pas Soria, il nous regarde partir. - Alors faisons semblant... Ils quittèrent donc la propriété, se garèrent une centaine de mètres plus loin à l'orée d'une forêt, puis revinrent sur leurs pas. D'un bond souple, Soria escalada le mur d'enceinte, aidant Henry à le franchir. Puis il la laissa le guider vers l'arrière du bâtiment où ils découvrirent plusieurs lourdes cages vides. Elle s'approcha de l'une d'elle d'un pas hésitant, la gorge serrée. James... Son odeur emplissait encore l'endroit. Il devait être parti depuis peu : quelques jours? Quelques heures? Où était-il maintenant? Elle toucha du bout des doigts la litière où son corps massif s'était reposé. Où chercher à présent? Une grande lassitude l'envahit. Le front posé entre deux barreaux, elle ferma les yeux, prise d'un vertige. Ils l'avaient loupé de si peu... - Va savoir quels animaux ont séjourné là-dedans! fit Henry en la rejoignant. - James... répondit-elle à voix basse. James était ici... Un pesant silence tomba entre eux. Comment pouvait-elle affirmer cela? - Viens, ne restons pas là... Elle le laissa la prendre par le coude et l'emmener lentement loin des cages. Soudain, elle se figea. - Non, attends! Il y a autre chose...