Des frissons glacés parcouraient l'échine de Soria. Elle avançait pourtant vers ce lieu terrifiant qui induirait en elle de nombreuses nuit cauchemardesques. Il était trop tard pour reculer. L'odeur avait flatté ses narines sensibles, et la menait inexorablement vers le funeste dénouement de toute cette histoire. Tout son corps lui criait de faire demi-tour, de ne pas pousser la porte du petit garage qui jouxtait la grande maison, de ne pas mettre des images sur les sensations olfactives qui la martyrisaient déjà. Mais elle avançait toujours, Henry sur ses talons, quelque peu inquiet de la tournure que prenaient les événements.
La porte s'ouvrit sur une pièce sombre. Une odeur nauséeuse leur agrippa les narines, poussant l'inspecteur à porter une main sur son nez en se détournant un instant pour attraper à l'extérieur une bouffée d'air non vicié. Quant à Soria, elle restait en apnée, comme statufiée...
Sur un dizaine de cadavres de chèvres gisait le corps inanimé de James...
Comment décrire ma rage? Les mots humains n'y suffiraient pas. Seul un rugissement pourrait peut-être approcher ce que je ressens : cette violence, cette hargne, cette envie de tuer. Mais je ne peux pas, pas encore... Henry m'a forcée à quitter James, à le laisser dans cet endroit sordide. Il dit qu'il reviendra avec un mandat, qu'il arrêtera Urbiccino. Mais j'ai bien senti dans sa voix que la sentence ne serait pas à la hauteur de mes attentes. Et Antony? Lui ne sera pas arrêté, c'est certain. S'il continue à dire que James a été volé, il ne lui arrivera rien. Pourtant je sais qu'il est aussi coupable qu'Urbiccino. Il a livré James à ce boucher. Il l'a tué aussi sûrement que la balle d'Urbiccino... Henry parle d'arnaque à l'assurance, de safari moderne organisé. Mais je n'entends plus rien. J'entends seulement ce cri qui monte dans ma gorge. Je n'écoute plus que cette rage qui bouillonne dans mes tripes...