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Blog de Karine Carville : ses romans et ses événements.

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Le Classe 1 - 1ère partie

Loupgarou.jpegElle courait. Il lui semblait que c'était tout ce qu'elle savait faire. Comme si son cerveau avait soudainement oblitéré les 26 années qui avait précédé cet instant. Comme si la seule commande qui fonctionnait encore était l'ordre donné à ses muscles d'accélérer encore. Le parc était grand, bien trop grand. Elle le savait. Ses instincts les plus primaires lui narraient déjà la fin qui serait la sienne dans quelques secondes... quelques minutes? Mais telle l'antilope, dont le souffle du fauve réchauffe les flancs, elle ne pouvait se résoudre à accepter son destin, et poursuivait sa course folle. La nuit ralentissait sa progression, barrant sa route d'obstacles invisibles. Chaque seconde gagnée laissait son souffle brûlant au fond de ses poumons. Chaque obstacle franchit marquait sa chair de lacérations inutiles, comme autant de flagellations expiatrices. Mais elle n'avait rien à se faire pardonner! Et son calvaire était vain.
Elle glissa le long d'une pente raide en sous-bois, espérant atteindre le sentier en contrebas avant Elle. Là-bas, quelqu'un la sauverait sans doute. C'était comme dans les films : un homme allait surgir et la protéger! Le gravier grissa sinistrement sous ses semellles. Elle s'arrêta un instant, hagarde, à bout de souffle : de quel côté devait-elle poursuivre sa course afin de rencontrer son sauveur? La peur l'empêchait d'appeler à l'aide. Et si elle l'avait finalement distancée?!
Une branche craqua au-dessus d'elle, et des cailloux dévalèrent la petite pente. Elle se remit à courir. Un bruit sourd l'avertit qu'Elle avait sauté sur le sentier à sa poursuite. Cette fois-ci, sans le sous-bois pour la dissimuler un peu, la jeune femme offrait une cible parfaite. A chaque foulée, il lui semblait sentir des griffes se planter dans son dos. Chaque respiration pouvait être la dernière. Mais elle courait toujours. Elle n'osait pas se retourner, ni même jeter un coup d'œil par-dessus son épaule de peur de rencontrer son regard jaune. Le grognement la fit sursauter : la bête était bien trop proche! Son pied buta contre une racine, et Elle la rattrapa en enfonçant ses 15 centimètres de griffes dans sa colonne vertébrale. La jeune femme hoqueta de douleur tandis que la créature qui l'avait tant fait courir la soulevait dans les airs. Sa tête bascula en arrière dans un ultime effort pour échapper à l'atroce brûlure qui lui cisaillait le dos, et son regard croisa celui du loup-garou...

La Panoramix était devenue la principale source d'emploi de la région depuis qu'elle avait décroché, plus de dix ans auparavant, des contrats avec de grandes marques automobiles françaises. Etonnament, à l'heure des délocalisations, la Panoramix continuait d'embaucher de nouveaux employés chaque année afin de produire toutes sortes de matériaux vitrés.
Et comme tous les ans, c'était au mois de septembre qu'avaient lieu les nouvelles embauches. La sélection, malgré tout, était sévère : n'entrait pas qui voulait dans la société de Karl Van Cleef. Ce dernier, fier de sa réussite régionale, avait confié à son unique fils Stefen le soin de prendre en main la section comptabilité de la Panoramix. Stefen, jeune homme dynamique et avenant, avait cependant rapidement perdu sa bonne humeur, certainement à cause des difficultés d'organisation que connaissait le service comptabilité. Il avait peu de temps pour remettre de l'ordre dans une montagne de paperasse tandis que son père s'inquiétait d'un éventuel contrôle fiscal. Stefen avait donc profité du recrutement du mois de septembre pour demander à son père une secrétaire comptable supplémentaire afin de l'épauler dans les mois à venir.
Et comme tous les ans, le dernier vendredi du mois de septembre, les nouveaux arrivants furent accueillis au cours d'un petit buffet qui se voulait sympathique...
Ce n'était certainement pas l'adjectif qu'aurait employé Luna Berker si on lui avait demandé de décrire l'ambiance de la pièce. Il lui semblait plutôt que tout le monde s'épiait, et colportait les ragots les plus divers. On racontait à la voisine les dernières coucheries de son supérieur, tandis que l'on proposait à ce dernier une vision très subjective du temps passé par ses chères secrétaires devant la machine à café. Et au milieu de tous ces on-dit, Luna avait du mal à trouver sa place. Elle ne connaissait personne et, n'ayant donc aucune information croustillante à répandre alentour, était forcément la proie des commentaires des employés plus âgés. Elle captait quelques bribes de phrases qui tournaient généralement à son désavantage, critiquant son tailleur gris qui avait un peu trop vécu et ses lunettes épaisses. Mais elle n'en avait cure : elle était là où elle avait choisi d'être, et cela était tout ce qui lui importait.
Elle ramena une mèche de cheveux noire derrière son oreille et chercha du regard un petit groupe où elle pourrait s'immiscer sans être trop indiscrète. A quelques mètres d'elle, deux jeunes femmes parfaitement manucurées parlaient d'un contrat qui venait d'être signé. Luna s'approcha en souriant un peu timidement et fut accueillie avec gentillesse. Après quelques minutes sur les banaliés d'usage, Emmy et Nancy finirent par lui montrer discrètement un jeune homme qui venait de pénétrer dans la pièce.
- Voilà ton patron, fit Emmy de sa voix un peu trop aigüe pour être agréable.
Effectivement, Stefen Van Cleef se tenait, taciturne, non loin de la porte d'entrée, comme s'il s'apprêtait à faire demi-tour au plus vite...
- Tu devrais aller te présenter, renchérit Nancy en poussant Luna du coude.
Mais l'arrivée de Karl Van Kleef coupa Luna dans son élan. Il était temps d'écouter un beau discours qui féliciterait les nouveaux employés de la Panoramix d'avoir été embauchés...
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