Blog de Karine Carville : ses romans et ses événements.
Bonjour mes chers blogonautes !
Je ne résiste pas à l'envie de vous faire partager ce texte magnifique de Marie Desplechin sur le premier roman édité.
Excellente journée à tous !
Karine
"La première fois"
Le premier roman reste inoubliable. Pour son auteur, au moins. On se souvient de tout. De l'accord de l'éditeur (joie ineffable). De la présentation aux commerciaux (trac insupportable). De la découverte enfin de l'objet fini. Dans ce petit objet, il y a des mois ou des années de travail, des rêves à la teneur enfantine, des espoirs tour à tour timides et exubérants. Et puis cette réalité : quelle que sera la suite, triomphe ou déconvenue, vous voilà entré dans le monde mythique des rayonnages de bibliothèques. Et qu'importe la "surproduction" romanesque. Qu'importe la banalisation de l'écriture. Qu'importe les coups éditoriaux. La publication a quelque chose d'un sacre. Rien ne sera plus jamais comme avant.
Pour l'éditeur, évidemment, les choses sont un peu différentes. Des romanciers, il en a vu passer, des débutants, des chevronnés. Ce premier roman qu'il publie est un acte de foi. Dans l'auteur, d'abord. Dans le lecteur, ensuite. Un risque aussi. Au vu des chiffres de vente des romans français, et des premiers surtout, il a statistiquement beaucoup plus à perdre qu'à gagner. Alors, pourquoi ? Parce que la découverte reste sans doute la partie la plus excitante d'un métier très particulier, qui peut se pratiquer comme un engagement d'une vie et / ou un pur commerce. Pour l'éditeur, son auteur ne fera sans doute pas un succès. Mais s'il ne s'est pas trompé, il fera un écrivain. A défaut d'y gagner de l'argent (on a vu pourtant, et plus d'une fois, la faveur du public se porter sur un premier livre), l'un comme l'autre y trouveront de l'estime. L'économie du livre a encore ceci d'archaïque que tout le monde n'y travaille pas pour faire fortune.
Pour le lecteur enfin, lire (et faire lire) un premier roman, c'est partager l'un des aspects les plus enthousiasmants de l'expérience littéraire. Celui de la découverte. Comme toute découverte, elle comprend des risques. On peut être déçu. Mais on a vu des risques plus grands. Le choix du premier roman a cette vertu que le lecteur échappe encore a l'influence tentaculaire - et souvent coordonnée - des médias. Qu'il se retrouve seul ou presque à décider de son choix. Et qu'il est seul maître de son jugement. C'est une fraîcheur, et un privilège.
Et si vous saviez comme cela fait plaisir à l'auteur...
