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Blog de Karine Carville : ses romans et ses événements.

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Les p'tits mots du vendredi

 

Ah ah ah ! (rire démoniaque !)... La vilaine Ingrid a tenté de me mettre en difficulté vendredi dernier en me proposant une liste de mots qu'on aurait du mal à inclure dans un champ thématique commun : séisme, calisson, emblème, dramaturge, colle...

Et bien je ne ferai aucun autre commentaire et vous laisse simplement le plaisir de découvrir ce que cela donne et de me proposer de nouveaux mots pour la semaine prochaine !


 

theatre.jpg


 

Exaltation

 

 

 

Jérémy posa une main sur la boîte de calisson perdue sur son bureau, au milieu d’une foule de papiers dérangés. Des calissons d’Aix, ses préférés, comme toujours… Cette douce attention de sa mère ne lui avait jusqu’à présent pas porté chance, mais il refusait de croire en l’immuabilité des choses. Il aurait aimé ouvrir la boîte ovale et déguster l’une des friandises qu’elle contenait, mais c’était impossible : la peur lui nouait l’estomac. Le trac. Le même que d’habitude. Comme si c’était lui qui était en train de déclamer son texte, là, à une dizaine de mètres de son bureau, sur la scène en bois.

Et si le public n’aimait pas ?

Le dramaturge repoussa la boîte, faisant tomber quelques pages de sa prochaine pièce de théâtre. Il les ramasserait plus tard, quand il serait en état de reprendre son travail… Puis il prit un tube de colle dans le premier tiroir de son bureau, juste à côté d’un petit revolver argenté. Délicatement, il découpa puis colla la critique de sa nouvelle pièce dans un vulgaire cahier d’écolier qui le suivait depuis des années.

Cette fois-ci, les critiques s’étaient déplacées en nombre. Comme s’il fallait passer un cap, écrire un certain nombre de pièces minables pour tout à coup devenir intéressant… Le premier billet avait été publié ce matin dans un journal national. Il était bon. Pour la première fois de sa vie, un professionnel avait aimé les paroles que les comédiens avaient prononcées, avait apprécié la complexité de l’histoire et sa beauté.

Une vague de fierté s’abattit sur la poitrine de Jérémy, l’empêchant presque de respirer. Dieu que c’était bon ! Comment décrire cette impression d’être enfin quelqu’un, d’avoir enfin réussi quelque chose ? C’était un sentiment puissant, savoureux, qu’il aurait aimé retenir pour l’éternité. Il était devenu quelqu’un aux yeux de ses pairs. Son nom serait désormais reconnu comme celui d’un dramaturge qui pouvait écrire de bonnes pièces. Des chef-d’œuvres ? Cela, il laissait au public le soin d'en juger…

Des éclats de rire lui parvinrent depuis la salle. Ils riaient ! Au bon moment. Aucun bruit de pas dans les couloirs, aucun spectateur qui quittait la salle avant la fin. Et ils riaient !

Jérémy ferma les yeux, au prise avec un délicieux vertige.

Quand il les rouvrit, son regard fiévreux se posa sur l’affiche placardée sur le mur de son minuscule bureau. Là, tout en bas, sous le titre de la pièce, les noms des acteurs, l’emblème du théâtre, son nom apparaissait. La prochaine fois, il faudrait peut-être qu’il soit écrit en plus gros ? Il secoua la tête, tentant de se raisonner : allons, rien n’était fait ! Les critiques n’étaient pas lues par beaucoup de personnes : seul le public consacrerait ou non sa pièce.

Dans quelques minutes…

Sa gorge se noua alors qu’il restait, tremblant, presque au bord de l’évanouissement, à guetter les bruits de l’extérieur. L’attente devenait insupportable. C’était le pire moment de toute sa vie. Ou bien le plus merveilleux. Il ne savait plus au juste… Tout ce dont il était sûr c’était que Mathieu allait lancer son ultime réplique en tenant contre lui Isabelle…

Il y eut un étrange silence, presque surréaliste. Jérémy s’appuya sur son bureau, le souffle court, les yeux rivés sur son cahier d’écolier. Alors ? Allaient-ils enfin réagir ? Le noir venait sans doute de se faire dans la salle, annonçant clairement la fin de la représentation !

Les ongles de Jérémy grincèrent sur le bois usé alors qu’une rumeur lui parvenait enfin. Puis ce fut une clameur, qui monta en puissance en un instant. Un bruit assourdissant de chaises, de cris, d’applaudissements, de « bravo » hurlés à plein poumons.

Le dramaturge releva le menton, des larmes ruisselant le long de ses joues. Respirait-il encore ? Le pouvait-il seulement ? Tout son être était passionnément serré par cette émotion nouvelle, ce mélange de fierté et d’accomplissement… Jamais, jamais il n’aurait imaginé pouvoir ressentir une telle exaltation un jour ! C’était la drogue la plus extraordinaire et la plus addictive qu’il avait jamais essayée. Et ces cris, ces cris qui ne s’arrêtaient pas ! Et les rires des acteurs dans les coulisses alors qu’ils allaient retourner pour la troisième fois sur scène saluer le public.

Jérémy tremblait de bonheur. Haletant, il fixa une nouvelle fois le poster en face de lui et une évidence le frappa : il ne voulait pas que cela s’arrête ! Il voulait continuer de ressentir l’adrénaline tendre ses muscles, faire battre son cœur comme jamais, lui donner cette impression inédite qu’il était enfin vivant ! C’était le plus beau et le plus douloureux séisme intérieur qu’il ait jamais connu. Non, il ne voulait pas que cela cessât. Jamais ! Et il ne voulait pas revivre ces mois de labeur et de solitude que lui promettait l’écriture de sa nouvelle pièce.

Il voulait juste rester comme cela, dans cet état second, pour l’éternité.

Sans plus réfléchir, il plongea sa main dans le premier tiroir de son bureau…

 

★★.·¯`★ Bonne lecture ! ★¯`·.★★
Ҡяɪиε

Essai-couv17-V10

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L
<br /> J'adore !<br /> <br /> <br /> Encore, encore, encore !!!!<br />
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L
<br /> J'adore !<br /> <br /> <br /> Encore encore encore !!!!!<br />
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C
<br /> Pour la prochaine ;-))<br /> <br /> <br />
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S
<br /> <br /> fée, dessin, magie, coeur, chèvre<br /> <br /> <br /> <br />
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I
<br /> <br /> Ah, ça y est, ça marche : je peux commenter ! Bravo Karine ! Bien que j'ai été très "vilaine", tu t'en es sortie haut la main ! Très joli texte, dans lequel les mots "imposés" sont placés tout<br /> naturellement, ce qui n'était pas facile !<br /> <br /> <br /> Avis aux lecteurs de ce blog : dépêchez-vous de proposer des mots pour le prochain texte, sinon c'est moi qui me lance de nouveu ! (Et je risque d'être encore plus vilaine, hé, hé, hé...)<br /> <br /> <br /> <br />
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